La classification comme pratique scientifique
sous la direction de François Lê et Anne-Sandrine Paumier
Série III, n°1
2016

Présentation
Ce volume présente plusieurs études de cas se rapportant à la problématique de « La classification comme pratique scientifique ». Il s'agit de questionner la place de l'activité classificatoire pour différents scientifiques (en majorité, des mathématiciens du XIXe siècle), mais aussi et surtout de décrire les différentes pratiques associées à cette activité. Cette problématique a donné lieu à une session thématique du Congrès national de la Société française d'histoire des sciences et des techniques de 2014, et les contributions au présent volume sont les traces de certaines des interventions de la session.
 

Résumé des articles

 
FRANÇOIS LÊ et ANNE-SANDRINE PAUMIER - De la science comme classification à la classification comme pratique scientifique : quelques réflexions à partir de deux cas mathématiques   [Article.pdf]

Dans cet article introductif, plusieurs pistes de réflexion sur le sujet de la classification sont présentées. En partant de déclarations de Henri Poincaré assimilant science et classification, nous proposons d'aborder la question classificatoire en nous concentrant sur la pratique des scientifiques. Deux exemples mathématiques sont ensuite examinés - le premier se rapporte à des points de vue de membres du groupe Bourbaki, tandis que le second a trait à des travaux classificatoires de surfaces dites « cubiques » datant du XIXe siècle -, invitant notamment à considérer avec attention les relations interdisciplinaires pouvant exister autour des questions de classification.

CHARLES BRAVERMAN - Pourquoi classer les facultés de l'esprit ? André-Marie Ampère : de la science à la philosophie et vice versa   [Article.pdf]

André-Marie Ampère est connu pour ses travaux en électrodynamique. Cependant, il a accordé beaucoup d'importance à la réflexion philosophique, non seulement à travers une classification des sciences, mais aussi par une tentative de classification des facultés intellectuelles. Il s'agit donc d'interroger l'importance du paradigme classificatoire, chez Ampère, et de montrer qu'il est synonyme d'une pratique scientifique à appliquer en philosophie. Toutefois, c'est à travers son activité philosophique classant les facultés intellectuelles qu'Ampère fonde une épistémologie qui rend légitimes les usages de la classification pour connaître les rapports constitutifs de la réalité. Enfin, l'espoir d'une classification naturelle implique la rigueur d'une induction empirique et une mathématisation des rapports. Cette mathématisation est alors elle-même justifiée par la classification des facultés qui finit par mettre en exergue l'importance de la notion d'intuition.

JEAN-MARIE CHEVALIER - La logique est-elle une science de classification ? Sur une crise de la classification dans la logique au XIXe siècle   [Article.pdf]

La classification relève traditionnellement de l'étude de la logique. Mais à quel titre exactement ? Une réponse consiste à considérer que la logique opère par excellence sur des classes, et qu'à ce titre elle constitue la science générale des classifications. Telle est la conception que véhicule via Porphyre la logique classique d'inspiration scolastique. Le XIXe siècle est venu bouleverser ces habitudes. D'une part, les sciences empiriques élaborent des taxinomies indépendantes de la connaissance abstraite ou a priori que peuvent fournir les logiciens, au point que ce sont plutôt ces derniers qui viennent puiser des méthodes dans la chimie, la botanique ou la minéralogie. D'autre part, le développement de la logique symbolique a renouvelé la compréhension de la logique elle-même : sans être une théorie générale de la classification, elle est en revanche susceptible de recourir à une classification de ses objets propres (ensembles, fonctions, symboles, etc.).

MAARTEN BULLYNCK - Classifications en transformation. Classifier les substances organiques en 1819 : tables, fiches, calculs et structures  [Article.pdf]

On trouve dans le livre Die Entwicklung der Pflanzensubstanz, physiologisch, chemisch und mathematisch dargestellt (1819) une recherche et une réflexion poursuivies sur l'organisation et la classification des substances organiques qui illustre bien l'évolution dans la pensée classificatoire de l'époque. Le livre est le résultat d'une correspondance entre le botaniste et Naturphilosoph Nees von Esenbeck, le chimiste et géologue Bischof et le mathématicien Rothe. Dans leur dialogue, les supports pour organiser les faits (fiches et tables) ainsi que les outils de papier qui permettent de les manipuler (tables et calculs) sont essentiels dans la réorganisation réitérée des faits. La négociation sur la classification passe par les formes arborescentes, les tables, les fiches et les calculs pour trouver, finalement, des morceaux de structures chimiques dans les transformations des données.

CATHERINE GOLDSTEIN - « Découvrir des principes en classant » : la classification des formes quadratiques selon Charles Hermite   [Article.pdf]

Tout au long du XIXe siècle, la classification des formes algébriques occupe une grande place dans les domaines de l'algèbre et de l'arithmétique en particulier. Elle emprunte souvent son vocabulaire (classe, genre, types) aux sciences de la nature. Se concentrant sur les Disquisitiones arithmeticae de Carl Friedrich Gauss et sur certains travaux de Charles Hermite, cet article analyse deux pratiques classificatoires distinctes, montrant comment chacune d'elles transpose les caractères des objets naturels aux formes et aux concepts mathématiques associés et comment elle gère l'innovation et la création de nouveaux objets.

JENNY BOUCARD et CHRISTOPHE ECKES - Une classification selon l'ordre et la forme : Jules Bourgoin et l'art ornemental   [Article.pdf]

L'architecte et ornemaniste Jules Bourgoin élabore un vaste projet de classification des motifs ornementaux dans sa Théorie de l'ornement (1873). Dans cet article, nous analysons les principes introduits par Bourgoin pour classer des ornements. Ainsi, Bourgoin s'inspire principalement de la « théorie de l'ordre », intimement liée à l'étude des combinaisons, qui fut introduite par Louis Poinsot à la fin des années 1810 puis développée par Antoine-Augustin Cournot quelques années plus tard. Par ailleurs, dans son projet théorique, Bourgoin se réfère à diverses classifications d'objets issues de domaines scientifiques variés, dont les mathématiques, la cristallographie ainsi que la botanique. Enfin, nous proposons une clarification de l'attitude de Bourgoin à l'égard des sciences formelles et des sciences de la nature et de leurs rapports à l'art ornemental.
Date de parution et publication en ligne : octobre 2016
ISSN 1297-9112 / ISBN 978-2-86939-242-7
La version papier de ce volume n'est pas mise en vente.