Entre Ciel et Mer
Des observatoires pour l'enseignement de l'astronomie, des sciences maritimes et le service de l'heure,
en France et en Europe, de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle : institutions, pratiques et cultures

sous la direction de Guy Boistel et Olivier Sauzereau
Série II, n°8-9
2016

Présentation
Les études de cas rassemblées dans ce volume sont issues d'une journée d'étude organisée par le Groupe d'histoire de l'astronomie du Centre François Viète d'épistémologie, d'histoire des sciences et des techniques (Université de Nantes), à Nantes, en novembre 2010. Cette journée se proposait d'apporter des réponses plus précises aux questions posées lors des journées nantaises de juin 2001 sur les Observatoires et le patrlmoine astronomique français, puis de celles de Bordeaux en mai 2008 sur la (re)Fondation des observatoires sous la IIIe République, au cours desquelles la question des relations généralisées de l'astronomie aux sciences maritimes et la question d'une fondation de l'histoire des observatoires chronométriques de la Marine avaient été posées.


Sommaire


GUY BOISTEL & OLIVIER SAUZEREAU - Introduction
PIERRE-YVES LARRIEU - Luttes juridiques pour la tutelle des écoles d'hydrographie, à l'occasion de l'expulsion des Jésuites, en particulier dans les villes de La Rochelle, Nantes, Rouen et Bayonne (1760-1785)
DANIELLE FAUQUE - Sur l'enseignement et la diffusion des instruments à réflexion à la fin du XVIIIe siècle
GUY BOISTEL - De la suppression des écoles d'hydrographie à la création des écoles nationales de navigation maritime, 1886-1920 : trente-quatre années de flou pour l'enseignement maritime. Le cas des écoles de l'estuaire de la Loire : Paimbœuf, Salnt-Nazaire, Le Croisic, Nantes
MARIE-JOSÉ DURAND-RICHARD - De la prédiction des marées : entre calcul, observations et mécanisation (1831-1876)
JOSQUIN DEBAZ - Stations de biologie marine et observatoires astronomiques à la fin du XIXe siècle. Deux reflets d'une même politique scientifique ?
FERNANDO B. FIGUEIREDO - Les éphémérides nautiques et astronomiques de l'observatoire naval de Lisbonne et de l'observatoire astronomique de l'université de Coimbra, à la fin du XVIIIe siècle
OLIVIER SAUZEREAU - Les signaux horaires français : la quête d'un système uniformisé
JÉRÔME DE LA NOË - Des systèmes de signalement du temps aux navires dans les ports français, dans les années 1880. Le cas du port de Bordeaux dans la correspondance de Georges Rayet
GUY BOISTEL - Du service de l'heure à l'océanographie : unité et diversité des observatoires navals en Europe (et ailleurs) au XIXe siècle. Première étude d'ensemble
GUY BOISTEL  - Conclusion

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Résumé des articles

 
PIERRE-YVES LARRIEU - Luttes juridiques pour la tutelle des écoles d'hydrographie, à l'occasion de l'expulsion des Jésuites, en particulier dans les villes de La Rochelle, Nantes, Rouen et Bayonne (1760-1785)   [Article.pdf]

L'expulsion et la dispersion des Jésuites décidées par les Parlements de Paris et des Provinces entre 1761 et 1763, provoquent une désorganisation de la plupart des chaires de mathématiques et d'hydrographie tenues prlncipalement par les jésuites depuis la fin du XVIIe siècle et mises à la charge des municipalités qui les accueillaient. L'Amiral de France le duc de Penthièvre, profite de la situation pour réorganiser l'enseignement maritime en tentant d'affirmer son autorité sur les écoles d'hydrographie. Mais cette tentative de prlse de pouvoir par la force se heurte à la réaction des autorités locales qui souhaitent garder la main sur cet enseignement. Après une série de procès et d'arbitrages entre institutions locales et royales, le duc de Penthièvre parviendra à asseoir les bases d'un modèle unifié de l'enseignement maritime qui sera développé dans les Ordonnances royales de 1765 et surtout celle de 1786 par l'lntermédiaire de ses prlncipaux inspecteurs hydrographes, le mathématicien académicien Gaspard Monge et le professeur d'hydrographie nantais Pierre Lévêque.

DANIELLE FAUQUE - Sur l'enseignement et la diffusion des instruments à réflexion à la fin du XVIIIe siècle   [Article.pdf]

L'historiographie accorde généralement au cercle de Borda une place de choix dans la marine française a contrario de la marine britannique plus fidèle à l'octant et au sextant. Qu'en est-il ? Une étude des manuels de navigation de la fin du XVIIIe siècle montre que le cercle est à peine cité, et que son utilisation est renvoyée à celle de l'octant. Ce dernier, inventé en 1732, ne se répand qu'une vingtaine d'années après. Puis la méthode des distances lunaires le met au premier plan à la fin des années 1760, particulièrement après le succès du voyage de La Flore avec Borda (1771-1772). Les Leçons de navigation de Vincent-François Dulague, ouvrage officiel, très souvent réédité, en développe l'usage dès 1768. Le très influent ouvrage de Pierre Lévêque, Le Guide du navigateur (1779) met à juste raison l'octant au cœur de la formation des marins. Dans les manuels qui suivirent, la présentation des instruments à réflexion se llmite à celle de l'octant, et varie peu dans la première moitié du XIXe siècle, le sextant et le cercle étant considérés comme dérivant de l'octant. L'exposé voudrait présenter ici une analyse et une réflexion sur l'enseignement aux marins de l'usage en mer des instruments à réflexion à la fin du XVIIIe siècle.

GUY BOISTEL - De la suppression des écoles d'hydrographie à la création des écoles nationales de navigation maritime, 1886-1920 : trente-quatre années de flou pour l'enseignement maritime. Le cas des écoles de l'estuaire de la Loire : Paimbœuf, Salnt-Nazaire, Le Croisic, Nantes   [Article.pdf]

Après la guerre avec la Prusse et les réparations financières exigées par l'ennemi qui conduisent à des difficultés économiques dans les années 1880, l'enseignement maritime con-naît une crlse de vocations, aggravée par les hésitations de la politique navale française, dénoncée par les historiens de la Marine, avec un État qui ne sait quoi faire de sa façade maritime. En 1886, le ministère de la Marine et des colonies choisit de fermer la plupart des « petites » écoles d'hydrographie d'Ancien Régime qui tombait encore sous le coup de l'Ordonnance royale de 1825. Mais les villes et les ports choisissent de créer des « écoles libres » de navigation ou d'hydrographie, financées localement, pour la formation de leurs capitaines au grand et petit cabotage. Ces écoles existeront jusqu'au passage des écoles d'hydrographie sous la responsabilité du ministère du Commerce au début du XXe  siècle et leur transformation en « Écoles libres de navigation maritime », avant de devenir celles que nous connaissons sous le nom « d'École nationale de la marine marchande » et désormais école d'ingénieur (École nationale supérieure maritime). C'est cette histoire de la création des écoles libres de navigation pour les ports de l'estuaire de la Loire que nous avons choisi de reconstruire ici.

MARIE-JOSÉ DURAND-RICHARD - De la prédiction des marées : entre calcul, observations et mécanisation (1831-1876)   [Article.pdf]

La prédiction des marées concerne tout autant les problèmes concrets associés à la navigation que la représentation scientifique de ce phénomène. Longtemps séparés, ces deux aspects ont pu être réunis après les travaux fondateurs d'Isaac Newton, notamment, puis par la théorie de Pierre-Simon de Laplace qui offrait enfin les moyens de préciser les conditions de validité de la théorie newtonienne par l'observation des variations de hauteurs des marées dans les ports. Dans les années 1830, l'invention du marégraphe auto-enregistreur va modifier considérablement les conditions d'observation du régime des marées. Son installation dans les prlncipaux ports donne lieu à une systématisation des relevés, dont l'enregistrement et la lecture graphique soutiennent l'étude expérimentale de certains phénomènes locaux. Cette invention lntervient dans la même décennie au Royaume-Uni et en France, où elle va produire des développements très différents, tant pour des raisons épistémologiques qu'institutionnelles, jusqu'à des historiographies qui aujourd'hui s'ignorent en grande partie l'une l'autre de part et d'autre de la Manche. La présente étude vlse à contextualiser les conséquences de l'installation de ce nouvel instrument dans chacun des deux pays, en examinant comment lnteragissent les différents acteurs concernés - astronomes, mathématiciens, ingénieurs hydrographes, officiers de marine - au sein des institutions où ils travaillent.

JOSQUIN DEBAZ - Stations de biologie marine et observatoires astronomiques à la fin du XIXe siècle. Deux reflets d'une même politique scientifique ?   [Article.pdf]

Ce texte propose une analyse croisée de l'histoire de ces deux formes d'institutions scientifiques qui lncarnent, à cette époque, les transformations de la science, de sa diffusion et des politiques qui l'encadrent. Nouvellement créés ou renouvelés, le développement de ces lieux de science de terrain nous documente sur la manière de rationaliser la production scientifique, de l'inscrire dans des spécificités et des intérêts locaux, de l'instituer dans des bâtiments et des dispositifs de diffusion, de la construire dans l'éloignement du centre parisien de la vie scientifique pour une légitlmité et une altérité. À la jonction de l'astronomie et de la biologie, deux champs disciplinaires que tout semble éloigner, apparaît l'influence des réseaux des anciens de l'École normale, et notamment la figure de Louis Liard et de sa vision d'un état universitaire à même d'affronter son concurrent germanique.

FERNANDO B. FIGUEIREDO - Les éphémérides nautiques et astronomiques de l'observatoire naval de Lisbonne et de l'observatoire astronomique de l'université de Coimbra, à la fin du XVIIIe siècle   [Article.pdf]

La mise en place d'une éducation scientifique à l'Université de Coimbra fut l'une des plus importantes caractéristiques de la réforme Pombal de l'université (1772). L'une des réalisations les plus marquantes fut la création de la faculté de mathématiques et de l'observatoire astronomique de Coimbra (OAUC) qui fut le premier observatoire astronomique situé dans une université, bien qu'à orientation nationale. Inauguré en 1799, la double mission octroyée à l'OAUC fut de développer simultanément enseignement et recherche. L'arrêté de création de l'OAUC établissait aussi sa prlncipale attribution : cal-culer et publier ses propres éphémérides astronomiques, ces éphémérides ne devant pas être déduites ou copiées du Greenwich Nautical Almanac, ni d'aucun autre, mais tout au contraire déterminées directement à partir des tables astronomiques construites localement. Les premières éphémérides furent publiées par les presses universitaires de Coimbra en 1803. À la même époque, l'Académie royale des sciences de Lisbonne publiait déjà ses propres éphémérides depuis 1788. Ces deux projets étaient portés par le même savant, José Monteiro da Rocha (1734-1819), le premier directeur de l'OAUC (1795). Dans cette étude, nous décrivons et illustrons quelques-unes des plus importantes caractéristiques des deux publications, tout en retraçant brièvement l'histoire de l'astronomie au Portugal depuis l'ère des Grandes découvertes jusqu'à la création de l'OAUC et de l'Académie nautique, à la fin du XVIIIe siècle encore largement méconnue.

OLIVIER SAUZEREAU - Les signaux horaires français : la quête d'un système uniformisé   [Article.pdf]

Au milieu du XIXe siècle, six observatoires chronométriques de la Marine français assurent un service de l'heure, pour le contrôle des montres de marine. Un arrêté ministériel de 1858 impose aux ports français de transmettre à heure fixe un signal horaire aux bâtiments dans les rades ou dans les ports. Si en Angleterre, un modèle de time-ball a été développé par l'Amiral Robert Wauchope dès 1829 et rapidement exporté aux États-Unis notamment, en France, les hésitations sont grandes. Les initiatives locales fleurissent : Paimboeuf, Salnt-Nazaire, Bordeaux, Brest, Toulon ; aussi intéressants qu'ils soient, ces projets ne débouchent sur aucune réalisation concrète durable. Dans les années 1880-1890, une tentative d'unification de signaux horaires à la française sera menée par des ingénieurs du Dépôt de la Marine (Hanusse et Borel notamment) mais aucun des projets développés ne se révèlera une solution à long terme, et aucune unification ne sera réalisée sur le sol français avant l'emploi répandu de la diffusion de l'heure par la télégraphie sans fil au début du XXe siècle.


JÉRÔME DE LA NOË - Des systèmes de signalement du temps aux navires dans les ports français, dans les années 1880. Le cas du port de Bordeaux dans la correspondance de Georges Rayet   [Article.pdf]

Au XIXe siècle, la connaissance de l'heure à bord des navires est prlmordiale pour gérer la navigation. Le système de « time-ball » initialement installé dans les ports anglais à partir de 1829, est peu à peu développé dans différents pays. L'un des arguments pour la fondation d'un observatoire astronomique à Bordeaux fin XIXe est la fourniture de l'heure précise aux navires du port. Les lettres de réponse des directeurs des ports français de Cherbourg, Brest, Rochefort et Toulon au directeur de l'observatoire de Bordeaux, Georges Rayet, qui les a questionnés en 1880, donnent une idée pessimiste de l'efficacité des systèmes installés. Finalement, à Bordeaux, le projet s'enllse dans les débats d'une commission faisant lntervenir différentes institutions rivales qui ont peur de perdre leurs prérogatives. Entre-temps, l'unification de l'heure en France a fait son chemin avec le développement des chemins de fer. La radio transmission de l'heure à partir de la Tour Eiffel est mise en place dès 1891.

GUY BOISTEL - Du service de l'heure à l'océanographie : unité et diversité des observatoires navals en Europe (et ailleurs) au XIXe siècle. Première étude d'ensemble   [Article.pdf]

Cette étude, la première du genre, se propose de dresser un premier panorama d'ensemble de l'installation et de l'évolution des observatoires de la Marine ou observatoires navals dédiés au service de l'heure et à la formation astronomique des marins, depuis 1750 jusqu'au recensement des observatoires effectué par l'astronome belge Paul Stroobant et publié en 1907, couvrant les observatoires du Monde entier et de tout type. Une étude statistique de la répartition, des publics et des orientations scientifiques de ces observatoires conduit à montrer que la distinction que proposait l'astronome américain Lewis Boss en 1911 entre un observatoire astronomique - qui ne s'occupe que d'astronomie (science des astres) - et d'un observatoire naval - qui ne s'occupe que du service de l'heure -, n'est absolument pas pertinente à son époque. Notre étude montre une grande variété des centres d'intérêts et des sujets d'études pratiqués dans ces observatoires, de la publication d'éphémérides nautiques, à l'océanographie naissante, via le service de l'heure et l'observation de petites planètes (astéroïdes), aussi bien dans les observatoires civils que dans les observatoires militaires.
Date de parution et publication en ligne : septembre 2016
ISSN : 1297-9112 / ISBN : en attente
Version papier disponible