Les sciences des causes passées
Série I, n°9-10
2005

Présentation
Ce numéro est  issu d'un colloque qui s'est déroulé en deux séances. La première séance était consacrée à l'histoire de certaines sciences palétiologiques : il s'agissait de recenser ces sciences, de comprendre comment et quand elles sont nées, et d'étudier les archives utilisées. L'autre séance  envisageait l'état actuel des mêmes sciences. En mettant en évidence la recherche de nouvelles archives, issues des progrès de la recherche contemporaine.

Résumés des articles


PATRICE BAILHACHE  -  Sciences historiques et classification des sciences  [Article.pdf]
 
Qu'est qu'une science historique? L'étude des classifications des sciences, non dénuée d'intérêt en elle-même, permet sans doute de répondre avec précision à cette question. On examine ici quelles sont les sciences actuelles qui peuvent être réellement considérées comme historiques et quelles sont celles qui ne le sont sans doute plus guère qu'en apparence.

MARIE THÉBAUD-SORGER  -  L'historien et les archives. L'histoire : vestiges et pratiques   [Article.pdf]
 
Dans le cadre d'une réflexion générale sur la naissance des sciences historiques, cet article de synthèse souhaitait partir de la question de la scientificité des sciences sociales en réfléchissant aux statuts des archives qui pour l'historien fondent le travail de «preuve ».

GERHARDT STENGER  -  Matière et vie chez Diderot et Voltaire  [Article.pdf]
 
Face au postulat du matérialisme athée selon lequel la matière se combine, par un processus continu, à des niveaux toujours plus élevés d'organisation, Voltaire exprime sa conviction que les structures, les propriétés et le comportement des êtres vivants ne sont pas dus au hasard mais semblent répondre à un dessein. Si l'on considère un organisme un peu complexe, avec l'évidente finalité de tous ses organes, comment ne pas conclure qu'il a été produit par la volonté d'un Créateur?

GABRIEL GOHAU  -  La géologie, première science historique ?  [Article.pdf]
 
Si Robert Hooke, dès 1667, préconise le premier la recherche d'archives dans la Nature, c'est son contemporain Nicolas Sténon qui en fait usage afin de reconstituer l'histoire géologique de la Toscane. Il se sert pour cela des strates, qu'il ordonne selon les principes stratigraphiques et tectoniques qu'il énonce le premier. Il faut attendre un siècle pour que l'usage des couches puis celui des fossiles, se développent pour former un double système d'archivage, l'un à portée universelle, l'autre régional, grâce auquel la contingence historique est prise en compte.

JEAN GAUDANT  -  Des jeux de la Nature aux médailles de la Création   [Article.pdf]
 
Après avoir été longtemps considérés comme des «jeux de la nature» ou comme produits par l'action d'une « force plastique », les fossiles furent enfin reconnus vers la fin du XVIIe siècle, principalement grâce à Sténon, comme des restes d'êtres vivants. Ils acquirent bientôt avec Hooke le statut de « médailles de la nature »,avant d'être considérés comme des témoins du déluge. Ils accédèrent alors au statut d'«archives»et contribuèrent ultérieurement à l'établissement d'une stratigraphie dont Soulavie et de Luc font figure de précurseurs.

STEPHANE TIRARD  -  L'histoire du commencement de la vie à la fin du XIXe siècle    [Article.pdf]
 
Durant la seconde moitié du XIXe siècle la question des origines de la vie a été reformulée dans le contexte des propositions évolutionnistes. Il s'agit dès lors d'historiciser cette question des origines alors même qu'elle souffre de ne pouvoir être étudiée au travers d'archives paléontologiques, en effet l'ancêtre primordial imposé par la théorie darwinienne reste absent des couches géologiques anciennes. Ceci apparaît comme un obstacle considérable que tentent de surmonter les théories de Spencer ou Haeckel.

CLAUDE BLANCKAERT  -  Pour une paléontologie de l'histoire. L'ethnologie anglaise à l'âge romantique   [Article.pdf]
 
Les monuments matériels, l'archive symbolique des sociétés,les langues, sont considérés comme des « fossiles de civilisation»attestant l'évolution intellectuelle et morale des premières nations.Ces échanges terminologiques ont favorisé le passage d'une histoire naturelle descriptive à une vision diachronique des «époques»de la nature.

MARC LACHIEZE-REY  -  Historicité de la cosmologie   [Article.pdf]
 
Les différents types d'observations qui ont confirmé les modèles de big bang ont fait de la cosmologie une science d'observation «de précision». Dans la mesure où elle permet de reconstituer une évolution de l'univers, dont les péripéties s'enchaînent jusqu'à aujourd'hui, on la qualifiera volontiers de " science historique ". J'essaierai ici de montrer comment on peut justifier cette appellation, à la lumière du déterminisme et de l'imprédictibilité de la physique.

ETIENNE KLEIN  -  Faut-il distinguer cours du temps et flèche du temps   [Article.pdf]
 
Cet article vise d'abord à procéder à un examen - et ensuite à une critique - de notre façon coutumière de parier du temps, de son cours, de sa «flèche », trois notions qui sont couramment (et abusivement) confondues. Il revient ensuite sur les propos d'un certain nombre d'auteurs, notamment d'Ilya Prigogine, qui considèrent que la physique s'est en quelque sorte «trompée» depuis le début, qu'elle a commis l'erreur de nier le temps au motif, expliquent-ils, que les équations fondamentales de la physique sont toutes réversibles en temps. Quelle est la validité de ce « syllogisme»? Des équations réversibles en temps sont-elles vraiment des négations de l'existence même du temps? Notre analyse du problème nous conduira à un examen rapide des conditions historiques qui ont créé la confusion entre cours du temps et flèche du temps.

JACQUES REISSE  -  La prise en compte du temps en chimie   [Article.pdf]
Le chimiste s'intéresse à des problèmes qui relèvent de la chimie de l'environnement ou encore à cette phase remarquable de la transformation de la matière qui correspond au passage du non- vivant au vivant, il est obligé de prendre en compte le « temps de l'histoire». Il est intéressant d'examiner comment le chimiste réagit face à cette obligation lui qui, par sa culture et contrairement au géologue par exemple, n'est pas préparé à devoir tenir compte d'un temps qui ne soit pas un simple paramètre permettant d'ordonner des observations de manière reproductible.

CLAUDE BABIN  -  Stratigraphie et biomarqueurs   [Article.pdf]
 
La stratigraphie étudie l'agencement des couches sédimentaires dans le but d'établir des corrélations à distance entre elles et de leur attribuer un âge. Elle dispose pour cela de différents types de signaux. Parmi ceux-ci les biomarqueurs que sont les fossiles, témoins d'un processus d'évolution irréversible, ont été depuis longtemps sollicités. Leur utilisation rencontre de nombreuses difficultés, elle permet néanmoins l'établissement d'une échelle temporelle standard, continuellement améliorable mais déjà remarquablement efficiente.
Date de parution : 1 avril 2008
Date de publication en ligne : 29 juin 2016
ISSN 1297-9112 / ISBN 978-2-86939-224-9
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