VARIA
Série I, n°6
2003

Résumés des articles


EMMANUEL BAROT  -  L'objectivité mathématique selon A. Lautman : entre Idées dialectiques et réalité physique   [Article.pdf]
Malgré son inscription dans les espaces de questionnement de l'épistémologie "à la française" initiée par l'idéalisme brunschvicgien, et ses affinités plurielles avec Cavaillès, Albert Lautman (1908-1944), très averti de la science de son temps, développe une philosophie mathématique non historicisante tout à fait singulière : un platonisme métaphysique (et non mathématique), infléchi par des philosophèmes repris à Heidegger, par lequel il retrouve en la dépassant - geste hégélien par excellence - la problématique kantienne de la constitution transcendantale de l'objectivité mathématique et physique. L'existence "problématique" d'Idées dialectiques transcendantes préformant les théories mathématiques qui les actualisent dans leur diversité, rend raison de l'unité cachée, structurale et organique, de ces dernières. Outre l'appartenance historiquement attestée de Lautman aux cercles des fondateurs de Bourbaki, 1. Dieudonné rappellera énergiquement leurs convergences théoriques.

ALAIN BERNARD Pourquoi et comment Proclus commentait-il Euclide ?   [Article.pdf]
 
Je m'intéresse dans cet article au Commentaire de Proclus de Lycie au premier livre des Éléments d'Euclide. J'en propose une interprétation qui tient compte du contexte dans lequel il a été écrit et que j'introduis en deux étapes. Dans un premier temps, je montre que cette lecture contextuelle a été le plus souvent éludée par les historiens et ceci non par négligence, mais parce qu'ils ont suivi une philosophie de l'histoire dont les origines remontent en dernier ressort à la tradition du néoplatonisme tardif à laquelle Proclus appartient. Dans un second temps, je propose à partir de quelques extraits du Commentaire' une ébauche d'interprétation qui prend en compte l'arrière-plan scolaire dans lequel il a été conçu. Je montre en particulier que pour comprendre l'influence du texte de Proclus sur ses lecteurs et donc son importance historique, il est essentiel de tenir compte de la dimension rhétorique sous-jacente à la méthode d'exégèse à la fois suivie et explicitée par Proclus et son entourage dans leur travail de commentaire.

GERARD EMPTOZ  -  Du grand bi au vélo : une vague d'inventions (fin XIXe-début XXe siècle)   [Article.pdf]
 
Lorsqu'on aborde l'histoire du vélo, une machine toujours en évolution près de deux siècles après l'apparition de sa forme primitive, la draisienne, dont le brevet a été déposé en 1818 en France par un baron allemand, Drais von Sauerbronn', on trouve peu de références précises sur les brevets d'invention qui ont constitué les étapes déterminantes de l'évolution de cet objet de consommation. Pour une exposition préparée récemment par I'INPI sur le thème de I'Innovatiorr', on a cherché à dégager sur l'histoire du vélo des éléments documentaires relevant de la propriété industrielle, en vue d'éclairer la réalité du mouvement d'invention qui a permis l'émergence des différentes machines, d'identifier la nature des apports techniques des différents acteurs, inventeurs et entrepreneurs, et de mesurer de plus près la dynamique de l'innovation qui a donné naissance au secteur industriel du cycle aux XIXe et XXe siècles. La présente communication va permettre de reconstituer une périodisation générale de l'invention en France, de dater la création de différents dispositifs, et aussi de comparer les évolutions respectives dans d'autres pays. Cette période est en effet celle de la mise en place d'un système industriel destiné à la construction des cycles tant en France qu'en Grande-Bretagne, dans le reste de l'Europe et aux États-Unis.

GABRIEL GOHAU A propos des Epoques de la Nature de Buffon : temps géologique réversible ou irréversible    [Article.pdf]

Dans ses Époques de la Nature (1778), Buffon nous présente une histoire de la Terre, divisée en une suite irréversible d'époques correspondant aux temps successifs du refroidissement du globe. Si ce schéma vieillit très vite, c'est que Hutton (1795) puis Lyell (1830) présenteront une histoire de la Terre fondée sur un cycle impliquant l'uniformité de la Nature. Pourtant la géologie contemporaine continue d'hésiter entre histoire cyclique et histoire directionnaliste, la direction étant elle-même, selon les auteurs, celle d'une régression (refroidissement) ou d'un progrès (progression des formes vivantes, accroissement, etc.)

PASCAL LABREUCHE L'industrie parisienne de la toile à peindre durant la première moitie du XIXe siècle : des relations entre science, art et technique   [Article.pdf]
 
Au XIXe siècle, l'implication des savants dans l'industrie est connue, notamment dans le domaine de la fabrication des matières colorantes ; c'est aussi le cas dans un autre secteur du matériel artistique: la toile à peindre. Objet en apparence simple et immuable, mais enjeu important sur les plans patrimonial, culturel et économique, la toile a été un champ de recherches et d'expérimentation, notamment en ce qui concerne les matériaux d'enduction. Aux côtés de fabricants, marchands de couleurs, restaurateurs de tableaux et peintres, on rencontre à plusieurs occasions des scientifiques de l'école de Vauquelin, tels que Thenard, D'Arcet, Payen, Chevreul. C'est principalement le mouvement de recherche assisté par des structures para-étatiques, dans la première moitié du XIX· siècle, qui est étudié ici à travers quelques exemples. Cette période prélude des mutations importantes du marché de la toile, accompagnant notamment une démocratisation de la pratique picturale, seconde phase de développement qui n'est pas abordée ici.

PIERRE LAMANDE  Quelques éléments sur la conception des objets et des méthodes mathématiques dans les textes philosophiques de d'Alembert   [Article.pdf]
 
Le but de cet article est d'analyser la philosophie de la connaissance développée par d'Alembert en l'éclairant par ses applications aux objets et méthodes mathématiques. Refusant l'esprit de système, d'Alembert poursuit cependant la quête des principes premiers de cette science, comme il l'a fait pour la mécanique. Les apports et les limites de sa réflexion ont non seulement marqué son époque, mais semblent bien constituer l'un des chaînons entre l'épistémologie mathématique du XVIIe siècle et celle du XIXe siècle.

GOULVEN LAURENT  -  La réception du darwinisme en France. Un cas exemplaire : Darwin et de Quatrefages   [Article.pdf]
 
Le darwinisme n'a pas été accepté en France aussi facilement qu'il l'a été dans d'autres pays. On s'est posé la question de savoir la raison de ce retard. Le cas d'Armand de Quatrefages est exemplaire dans une telle recherche. Protestant libéral, d'une grande ouverture d'esprit, comme le reconnaissait Darwin, il avait une grande admiration pour le savant anglais. Il est resté cependant très critique à l'égard de ses idées, pour des raisons épistémologiques qu'il a nettement et courtoisement exposées.
Date de parution : 1 janvier 2005
Date de publication en ligne : 5 juillet 2016
ISSN 1297-9112 / ISBN 978-2-86939-204-4
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